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Photo par viarami sur Pixabay

Salaires et rémunérations

Différences salariales entre cantons et secteurs : comment lire les statistiques

Toute comparaison salariale en Suisse s’appuie sur l’enquête suisse sur la structure des salaires de l’Office fédéral de la statistique (OFS) ; les premiers résultats pour 2024 ont été publiés le 25 novembre 2025.

Avant de comparer : ce que mesurent réellement les statistiques salariales

Toute comparaison salariale en Suisse s’appuie sur l’enquête suisse sur la structure des salaires de l’Office fédéral de la statistique (OFS) ; les premiers résultats pour 2024 ont été publiés le 25 novembre 2025. La valeur de référence est le salaire médian : CHF 7'024 bruts par mois pour un temps plein (100 %), secteurs privé et public confondus. La médiane divise la distribution en deux moitiés : la moitié des employés gagnent moins, l’autre moitié plus. La moyenne, quant à elle, est influencée par les quelques salaires très élevés, qui la tirent vers le haut ; elle peut donc dépasser ce que perçoit la majorité des employés. Pour décrire l’employé type, la médiane est plus représentative que la moyenne.

Avant d’utiliser un chiffre dans une négociation ou une analyse, trois précisions s’imposent. Premièrement : la valeur OFS est un équivalent temps plein, rapporté à un emploi à 100 % afin de comparer des personnes travaillant un nombre d’heures différent ; le salaire effectif d’un poste à 60 % n’est donc pas directement comparable avec la médiane. Deuxièmement : brut et net ne coïncident pas. Du brut sont déduites les cotisations sociales (AVS/AI/APG, assurance-chômage, prévoyance professionnelle, assurance-accidents) ainsi que les impôts, dont le poids varie selon le canton et la situation familiale ; selon une synthèse vulgarisée basée sur la même enquête OFS, il resterait environ 80 à 82 % du salaire brut au salarié. Troisièmement : les bonus. En 2024, près d’un employé sur trois (32,6 %) en a perçu, pour une valeur moyenne annuelle de CHF 11'967. Si une comparaison entre branches ou fonctions inclut ou exclut les composantes variables, le classement peut changer : il faut toujours se demander si le chiffre cité comprend uniquement le salaire de base ou aussi la part variable.

Le tableau national : salaire médian, dispersion et bonus

En 2024, le salaire médian pour un poste à temps plein s’élevait à CHF 7'024 bruts par mois, en hausse par rapport aux CHF 6'788 de 2022. La dispersion est large : les 10 % des employés les moins rémunérés ont gagné moins de CHF 4'635 par mois, tandis que les 10 % les mieux payés ont touché plus de CHF 12'526. Celui qui lit une comparaison salariale doit donc se demander à quel point de la distribution se situe le chiffre : une valeur médiane, un salaire d’entrée, un salaire pour profils seniors ou un salaire de direction décrivent des situations très différentes.

En 2024, près d’un employé sur trois (32,6 %) a reçu des bonus, pour une valeur moyenne annuelle de CHF 11'967. Sur la longue période, la distribution a peu changé : entre 2008 et 2024, la pyramide salariale est restée relativement stable et les écarts entre le sommet et la base n’ont pas substantiellement évolué. Sur la même période, les 10 % les moins bien payés ont connu la plus forte augmentation (+18,1 %), suivis par les 10 % les mieux payés (+16,8 %), tandis que les salaires de la « classe moyenne » ont moins progressé (+15,4 %). Qui compare un salaire d’aujourd’hui à celui de 2008 doit garder à l’esprit qu’il s’agit de variations nominales, non corrigées de l’inflation.

Secteurs : pourquoi un même profil vaut des montants différents

Les niveaux de rémunération varient nettement selon l’activité économique. En 2024, les branches à forte valeur ajoutée affichaient des salaires bien supérieurs à la médiane de CHF 7'024 : recherche et développement (CHF 9'139), industrie pharmaceutique (CHF 10'159), banques (CHF 10'723) et industrie du tabac (CHF 14'304). Au milieu du classement : métallurgie (CHF 6'279), construction (CHF 6'616), transport aérien (CHF 7'134), commerce de gros (CHF 7'478) et industrie mécanique (CHF 7'632). En bas de l’échelle : commerce de détail (CHF 5'214), services d’hébergement (CHF 4'715), restauration (CHF 4'744) et services personnels (CHF 4'496).

Ces différences ne mesurent pas la productivité individuelle de chaque employé, mais la composition des postes au sein de chaque branche. Une branche comptant de nombreux profils hautement qualifiés, des fonctions de direction et des marges élevées par collaborateur affiche une médiane haute, même si des salaires bas y existent ; une branche avec beaucoup de postes à temps partiel, saisonniers ou peu qualifiés présente une médiane basse, même si certaines fonctions y sont bien rémunérées. Les données OFS montrent le poids de la qualification : ceux qui possèdent un titre universitaire et travaillent à temps plein ont gagné CHF 10'533 bruts par mois, ceux diplômés d’une haute école spécialisée CHF 9'288, et ceux titulaires d’un certificat fédéral de capacité (CFC) CHF 6'390 ; à formation égale, c’est ensuite la position hiérarchique qui détermine la rémunération. Avant de conclure qu’une branche « paie mal », il convient de se demander quelles fonctions, niveaux de formation, horaires et part de bonus contient le chiffre comparé.

Cantons : différences nominales et effet de composition

Les premiers résultats OFS pour 2024 ne détaillent pas les valeurs par canton. Une synthèse vulgarisée basée sur la même enquête indique les salaires médians bruts mensuels les plus élevés à Zoug (CHF 7'500), Zurich (CHF 7'400), Bâle-Ville (CHF 7'300) et Genève (CHF 7'250) ; Vaud (CHF 6'950) et Berne (CHF 6'850) se situent autour ou légèrement au-dessus de la médiane suisse, tandis que le Tessin, le Jura et le Valais figurent parmi les valeurs les plus basses. Ce sont des chiffres arrondis, non des valeurs officielles ponctuelles : pour une décision salariale, il est préférable de se référer à la publication OFS ou aux statistiques cantonales.

Le canton n’est toutefois pas une variable explicative autonome : il englobe des secteurs, de grandes villes, des tailles d’entreprises et un coût de la vie. Bâle-Ville affiche des valeurs élevées notamment parce qu’elle accueille une forte industrie pharmaceutique ; un canton périphérique où dominent le commerce de détail, l’hébergement et la restauration présente des médianes plus basses. De plus, le canton de travail ne coïncide pas toujours avec celui de résidence : une personne travaillant dans une place offrant un salaire nominal élevé peut habiter là où les loyers et les primes d’assurance-maladie sont inférieurs, et vice versa. Un classement cantonal des salaires nominaux n’est donc pas un classement du niveau de vie des résidents.

Du brut au pouvoir d’achat : salaires nominaux, réels et prix locaux

L’OFS distingue salaires nominaux et réels : les seconds sont les premiers corrigés de l’inflation. En 2024, les salaires nominaux ont augmenté en moyenne de 1,8 %, l’inflation s’est établie à 1,1 % (tirée surtout par les loyers et les coûts de l’électricité) et les salaires réels ont progressé de 0,7 %, après trois années consécutives de baisse (2023 : -0,4 % ; 2022 : -1,9 % ; 2021 : -0,8 %). En 2025, l’indice suisse des salaires nominaux a augmenté en moyenne de 1,8 % par rapport à l’année précédente, atteignant 106,1 points (base 2020 = 100) ; avec une inflation annuelle moyenne de +0,2 %, les salaires réels ont crû de 1,6 %, à 99,2 points (base 2020 = 100). La même augmentation nominale produit donc des résultats réels très différents selon l’année : comparer des chiffres salariaux d’années différentes sans corriger l’inflation conduit à des conclusions erronées.

Le niveau des prix n’est cependant pas uniforme sur le territoire et il n’existe pas d’indice officiel des prix au niveau cantonal. La Société suisse des entrepreneurs-construteurs a élaboré son propre indice basé sur le prix moyen de location d’un appartement, le loyer au mètre carré et les primes d’assurance-maladie : selon cet indice, les prix à Zurich sont supérieurs d’environ 50 % à ceux du Jura. Dans le secteur principal de la construction, le salaire mensuel considéré dans le Jura est inférieur d’environ CHF 250 par mois à celui de Zurich, mais les employés jurassiens perçoivent, en pouvoir d’achat, un salaire qui correspondrait à environ CHF 9'000 à Zurich. Deux conséquences pratiques : un salaire nominal plus bas peut correspondre à un pouvoir d’achat supérieur ; celui qui négocie dans un canton aux salaires nominaux bas peut argumenter avec le niveau local des prix, à condition d’utiliser un indice déclaré et non officiel comme celui cité.

Évolutions dans le temps : augmentations par branche, canton et genre

En 2025, les salaires nominaux du tertiaire ont augmenté en moyenne de 1,9 % et ceux du secondaire de 1,5 % (2024 : +1,5 % ; 2023 : +2,1 %). Dans le secondaire, les activités manufacturières dans leur ensemble ont enregistré +1,7 % et la construction +1,3 %, avec des variations par branche entre +0,7 % et +3,1 % : la croissance la plus élevée a concerné la fabrication de coke et le raffinage, l’industrie chimique et pharmaceutique (+3,1 %), suivie par la fabrication de produits en métal (+2,4 %) et d’ordinateurs, produits électroniques, optiques, horlogers et appareils électriques (+2,3 %), tandis que la fabrication de machines, équipements et moyens de transport s’est arrêtée à +0,7 %. Dans le tertiaire, les augmentations ont varié entre +0,4 % et +3,3 %, avec les valeurs les plus élevées dans l’administration publique (+3,3 %) et les activités professionnelles, scientifiques et techniques (+2,6 %) ; des augmentations proches de la moyenne ont été observées dans les services d’hébergement et de restauration ainsi que dans les transports et services de courrier (+1,7 %) et dans le commerce (+1,5 %). Dans les principales conventions collectives de travail, qui couvrent plus de 595'422 employés, les augmentations effectives négociées pour 2025 ont été de 0,9 % : l’écart avec l’augmentation moyenne globale signale qu’une bonne partie de la croissance salariale a lieu hors CCT, par exemple via des progressions individuelles ou des changements d’emploi.

2024 montre la même variabilité : dans le secteur industriel, les salaires nominaux ont cru de 1,5 %, avec des increments par branche entre +0,8 % et +4,9 % ; les pointes ont été atteintes dans les industries du caoutchouc, des plastiques et des produits minéraux non métalliques (+4,9 %) et dans d’autres activités manufacturières, réparation, maintenance et installation (+3,4 %). Dans les services (+1,9 % en moyenne), ont dépassé la moyenne la santé et l’action sociale médicale (+3,0 %), les services postaux et activités de courrier (+3,0 %), les assurances et l’administration publique (+2,5 % chacune) ; sont restés stables l’édition, la distribution de contenus, les télécommunications et les activités informatiques (+0,4 %), tandis que la section des activités administratives et des services de soutien a reculé (-0,4 %). La même année, les salaires nominaux des femmes ont augmenté en moyenne de 2,6 % et ceux des hommes de 1,2 % : un écart de croissance qui, s’il se poursuit, réduit progressivement les différences salariales entre les deux groupes.

Sur la longue période, la géographie de la croissance diffère de celle des niveaux. Selon l’analyse de la Société suisse des entrepreneurs-construteurs, depuis 2004 les salaires ont le plus augmenté dans le Valais (+24 %), puis à Lucerne (+23 %) et à Zoug et au Tessin (+22 % chacun), tandis que Genève ferme la marche avec +16 % ; selon le canton et la profession, les augmentations vont de 16 % à 35 %, avec les chefs maçons en tête au Tessin (+35 %) et dans le Valais (+29 %). Les cantons très petits ont été exclus de l’analyse en raison du nombre réduit de cas ; il s’agit de variations en pourcentage : un canton parti de niveaux bas peut afficher une croissance percentage élevée tout en restant, en francs, sous des cantons aux niveaux initiaux plus hauts.

Augmentations salariales nominales et réelles (2021–2025)

  1. 2022
    -1,9 %
  2. 2023
    -0,4 %
  3. 2024
    +0,7 % (réel)
  4. 2025
    +1,6 % (réel)

Checklist pour lire une comparaison salariale sans conclusions hâtives

Source et année. Vérifier que le chiffre provient de l’enquête suisse sur la structure des salaires de l’OFS ou d’une statistique cantonale déclarée, et en indiquer l’année de référence. L’enquête est biennale et les premiers résultats pour 2024 ont été publiés le 25 novembre 2025 ; une valeur 2022 (CHF 6'788) et une valeur 2024 (CHF 7'024) ne sont pas interchangeables sans note méthodologique.

Mesure et périmètre. Contrôler si la donnée est une médiane ou une moyenne, si c’est un équivalent temps plein et si elle est brute ou nette. Si la comparaison concerne des emplois à temps partiel, la conversion en équivalent 100 % est indispensable pour ne pas attribuer à la rémunération horaire une différence qui dépend du nombre d’heures.

Composition. Séparer toujours secteur et canton et se demander quel mélange de branches, fonctions, niveaux de formation et classes d’âge se cache derrière chaque valeur. Les différences entre un canton « haut » et un canton « bas » reflètent largement la structure productive locale : la pharmacie, les banques et la recherche tirent les médianes vers le haut ; le commerce de détail, l’hébergement, la restauration et les services personnels les maintiennent basses. Il en va de même pour la formation : CHF 10'533 avec un titre universitaire, CHF 9'288 avec une haute école spécialisée et CHF 6'390 avec un CFC décrivent des parcours différents, non le même profil payé différemment.

Variables et prix réel. Vérifier si le chiffre comprend les bonus : en 2024, 32,6 % des employés en ont perçu, pour une moyenne annuelle de CHF 11'967, et leur présence ou absence peut changer l’ordre d’un classement. Passer ensuite du nominal au réel en appliquant l’inflation de l’année considérée — +1,1 % en 2024 et +0,2 % en 2025 — et, pour les comparaisons entre régions, tenir compte des prix locaux (loyers, primes d’assurance-maladie), sachant qu’un indice officiel des prix par canton n’existe pas.

Interprétation. Un écart statistique entre deux groupes ou régions ne prouve pas en soi une discrimination ni un désavantage individuel : il peut découler de la composition des postes, des heures travaillées, de l’ancienneté, des qualifications et de la présence de composantes variables. Distinguer le revenu d’une personne de la médiane d’un collectif évite de lire une différence de structure comme une injustice subie.

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